Dans le cadre de son premier projet visant à renouer avec le monde à travers la céramique, Makigama no Kai se rendra en France, dans les villages potiers de La Borne et de Saint-Amand-en-Puisaye, situés dans le centre de la France. L’objectif est de découvrir les pratiques céramiques sur place, de mieux comprendre la manière dont la céramique japonaise y est reçue, de développer des échanges humains et d’ouvrir la voie à de nouvelles activités créatives.
・Partenaires ・Journal de progression
« L'Occident n'est pas à l'ouest. Ce n'est pas un lieu, c'est un projet. » ― Édouard Glissant, Le Discours antillais Makigama no Kai est un collectif qui, à travers la céramique, cherche à décentrer la culture et à explorer des formes de relations alternatives, indépendantes des institutions artistiques et artisanales existantes. À première vue, un projet visant à voyager en France pourrait sembler contredire cette volonté de décentrement. Pourtant, la destination que nous visons n’est pas Paris, capitale de l’art moderne, mais La Borne, un village potier du centre de la France. Bien que géographiquement situé en Occident, ce lieu fait partie de ces espaces marginalisés par l’<Occident> en tant que projet, tel que l’entend Glissant. La Borne et ses environs ont longtemps constitué un centre traditionnel de production de grès, cuit au fours à bois. En France, toutefois, la porcelaine et la faïence ont historiquement jouit d’un prestige bien supérieur, reléguant le grès — plus « terreux » — à une position marginalisée. Malgré cela, de nombreux artistes s’y sont installés à partir de la fin du XIXᵉ siècle. En reprenant les savoir-faire locaux tout en construisant de nouveaux fours, ils ont développé une production céramique extrêmement diversifiée. Dans ce processus, la céramique japonaise a été régulièrement prise pour référence ; et, depuis les années 1970, de nombreux fours « anagama » et « noborigama », adaptés à partir des modèles japonais, ont été construits. Ce territoire recèle ainsi une autre généalogie de la réception de la céramique japonaise, largement absente de l’histoire de l’art occidental. Aujourd’hui encore, de nombreux artistes y sont établis, et les échanges internationaux se poursuivent au gré d’événements comme les Grands Feux, le grand rendez-vous annuel des cuissons au bois. Dans ce coin rural dépourvu de train comme de bus, la coexistence de multiples fours et de leurs utilisateurs dessine une autre configuration possible des contacts culturels internationaux. Pourtant, cette histoire et cette culture riches ont été peu documentées, ni en France ni au Japon. Avec le récent rapprochement entre art contemporain et céramique, La Borne est plus fréquemment évoquée, mais souvent à travers le prisme d’une « découverte » formulée dans les catégories du monde de l’art contemporain. Notre démarche vise au contraire à reconstituer l’histoire des échanges tissés autour de la céramique, en les racontant avec les mots mêmes de la céramique. C’est une manière de revisiter une branche oubliée du japonisme et de renouveler en profondeur la compréhension mutuelle entre la France et le Japon. Makigama no Kai rassemble des membres aux parcours variés et impliqués dans des pratiques et activités nombreuses. Cette transversalité s’est renforcée à l’occasion de notre « tour des ateliers » à l’hiver 2024, qui nous a amenés à accorder une attention particulière aux matériaux comme le bois ou l’argile, aux environnements des fours et des ateliers, ou encore aux techniques telles que le tournage ou le moulage. Notre approche consiste à saisir la richesse composite de la céramique en dépassant les catégories institutionnelles. En juin 2025, nous avons effectué une mission préparatoire sur place, établissant les bases d’une collaboration avec de jeunes artistes locaux tels que Marie Géhin, Mathilde Délas et Robin Appel. Très intéressées par la culture japonaise des fours à bois, elles/ils prévoient de construire un nouveau four et de développer des résidences ancrées dans la région. Le projet de voyage en 2026 constitue ainsi l’occasion d’assister à une nouvelle phase des échanges culturels. Relire l’histoire des contacts culturels à travers le prisme des fours à bois fait apparaître une configuration du monde qui diffère des cartes culturelles géopolitiques traditionnelles. Redessiner les lignes tracées par « l’Occident comme projet » à partir des pratiques céramiques marginalisées — voilà le défi que se donne Makigama no Kai. Ce projet vise à rendre visibles des échanges oubliés et à ouvrir de nouveaux circuits pour un décentrement de la culture.